Avec L’Objet du délit, Agnès Jaoui fait de #MeToo un débat choral sous tension dans les coulisses de l’opéra

Agnès Jaoui apparaît à Cannes dans une lumière de festival, attentive et souriante face aux photographes. Le portrait rappelle la place singulière de la cinéaste dans le cinéma français, entre jeu, écriture et mise en scène. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.

Sorti en salles ce mercredi 27 mai 2026, le dernier film d’Agnès Jaoui installe #MeToo dans les coulisses d’un opéra. Il arrive après sa présentation hors compétition à Cannes. Avec L’Objet du délit, la cinéaste retrouve sa mécanique chorale. La réception critique montre déjà combien ce terrain reste inflammable.

Un film d’Agnès Jaoui en 2026 placé sous tension

La fiche officielle du Festival de Cannes donne le cadre factuel. L’Objet du délit est une comédie dramatique française de 133 minutes, réalisée par Agnès Jaoui. Le scénario est signé avec Emmanuel Salinger, Laurent Jaoui, Noé Debré et Florence Seyvos. StudioCanal le distribue. Le film a été présenté hors compétition lors de la 79e édition du Festival, avant sa sortie française du 27 mai.

Le synopsis public tient en une situation simple, mais explosive. Dans les coulisses d’une production des Noces de Figaro, une accusation d’agression sexuelle fait vaciller la troupe. Chacun doit se positionner, les conflits d’opinion et de génération remontent à la surface, tandis que la production menace de se défaire. Le sujet est fictionnel ; l’article porte donc sur le film, sa construction et sa réception, non sur une affaire réelle.

Au casting, Cannes signale Agnès Jaoui dans le rôle d’Hannah et Daniel Auteuil dans celui d’Igor. Eye Haïdara, Claire Chust, Oussama Kheddam, Tiphaine Daviot, Vincenzo Amato, Patrick Mille et Emmanuel Salinger complètent l’ensemble. La distribution compte, car le dispositif repose sur la pluralité des points de vue. Jaoui ne filme pas une héroïne isolée, mais un collectif incapable de parler d’une accusation sans se fracturer.

Agnès Jaoui pose au Festival de Cannes, sourire léger et regard frontal, dans l’éclat contrôlé d’un photocall. L’image installe le retour cannois de L’Objet du délit dans une trajectoire déjà familière de la Croisette. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.
Agnès Jaoui pose au Festival de Cannes, sourire léger et regard frontal, dans l’éclat contrôlé d’un photocall. L’image installe le retour cannois de L’Objet du délit dans une trajectoire déjà familière de la Croisette. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.

Cannes souligne le collectif, la critique se divise

Dans un article publié le 22 mai, le Festival de Cannes présente L’Objet du délit comme l’histoire d’une troupe en crise. Ce collectif semble en panne de parole. Le texte insiste sur le choix de ne pas transformer l’accusation en procès. Elle devient plutôt un révélateur : les positions s’affrontent, les générations se regardent, le rire demeure proche du malaise.

La réception, elle, part déjà dans plusieurs directions. Dans son signal RSS du 27 mai, Libération titre sur un « méli-mélo au woke ». Le média résume le film comme une tentative qui interroge #MeToo sans déplacer grand-chose. Première, à l’inverse, publie une critique favorable. Elle salue une comédie mordante et un film qui assume de ne pas arrondir les angles. Télérama, dans un papier partiellement accessible, parle d’une comédie sensible et drôle malgré des maladresses, centrée sur le choc entre « boomers » et « wokes ».

Ce contraste est utile pour qui cherche un avis sur L’Objet du délit. Le film arrive moins comme un objet consensuel que comme un révélateur du vocabulaire critique employé autour de #MeToo. Tout dépend du point d’appui : la nuance, les maladresses ou l’impossibilité de « déplacer » le débat. Le même dispositif choral peut alors paraître audacieux, prudent ou confus.

Pourquoi Les Noces de Figaro changent le débat

Le choix des Noces de Figaro n’est pas décoratif. L’opéra de Mozart traverse déjà les rapports de classe, la domination masculine et les jeux de pouvoir. Il offre à Jaoui un miroir ancien pour un débat contemporain. L’argument du film n’est pas seulement de dire que #MeToo divise. Il place cette division dans une forme artistique faite de rôles, de répétitions, de hiérarchies et de corps regardés.

Cette transposition permet aussi à Jaoui de rester dans son territoire. On y retrouve la conversation qui dérape et le groupe où chacun croit parler clair. Le comique naît d’un désaccord social plus profond qu’il n’y paraît. Depuis Le Goût des autres, son cinéma regarde les milieux, les goûts, les timidités et les violences symboliques. Ici, le théâtre lyrique ajoute une couche : la troupe doit jouer ensemble, alors qu’elle ne partage plus la même grammaire morale.

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri avancent côte à côte lors d’une avant-première parisienne, dans cette complicité de travail devenue signature. La photo rappelle combien L’Objet du délit se lit aussi après leur longue histoire d’écriture commune. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri avancent côte à côte lors d’une avant-première parisienne, dans cette complicité de travail devenue signature. La photo rappelle combien L’Objet du délit se lit aussi après leur longue histoire d’écriture commune. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.

Jaoui après Bacri, une continuité et un déplacement

La question artistique dépasse donc la seule actualité de la sortie. Première rappelle que ce film marque le premier scénario réalisé par Agnès Jaoui sans Jean-Pierre Bacri, mort en 2021. L’information ne doit pas écraser le film, mais elle éclaire son attente. Jaoui revient au cinéma huit ans après Place publique. Elle reprend une architecture chorale associée à une œuvre commune, puis l’applique à un débat très présent dans la société française.

Ce déplacement est sensible dans la place donnée aux femmes. La fiche cannoise et les critiques accessibles décrivent un conflit où plusieurs féminismes s’opposent. Une génération revendique une rupture immédiate. Une autre s’inquiète de la présomption d’innocence. D’autres personnages refusent d’être assignés à un camp stable. La prudence reste nécessaire. Sans citations promotionnelles hors contexte, on peut dire que le film cherche son matériau dans l’inconfort même de cette discussion.

Cette ambition explique aussi le risque. Un film choral sur #MeToo peut devenir un espace de nuance. Il peut aussi donner l’impression de distribuer symétriquement les torts, là où certains spectateurs attendent une ligne plus nette. La critique de Libération, telle qu’elle apparaît dans le flux consulté, semble pointer cette limite. Celle de Première y voit au contraire la preuve d’un refus du discours lénifiant.

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri apparaissent au milieu d’un groupe réuni aux César, dans l’atmosphère solennelle du cinéma français célébré par lui-même. Cette archive replace le nouveau film dans une mémoire collective et professionnelle. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri apparaissent au milieu d’un groupe réuni aux César, dans l’atmosphère solennelle du cinéma français célébré par lui-même. Cette archive replace le nouveau film dans une mémoire collective et professionnelle. — Photo : Georges Biard / Wikimedia Commons.

Une sortie culturelle plus qu’une simple fiche cinéma

Pour le public, l’information pratique reste claire. L’Objet du délit est en salles depuis le 27 mai 2026. Il dure 2 h 13 et réunit notamment Agnès Jaoui, Daniel Auteuil et Eye Haïdara. AlloCiné le classe en comédie dramatique et reprend le synopsis cannois. La sortie s’installe ainsi à la fois par Cannes, StudioCanal et les premiers papiers critiques.

Mais le film ne se résume pas à sa date de sortie. L’enjeu culturel tient à ce qu’il fait circuler. Il y a le mot « woke », les souvenirs de la filmographie Jaoui-Bacri et la place du spectacle vivant dans la représentation du consentement. Il touche aussi à la difficulté de raconter #MeToo sans réduire ses protagonistes à des porte-parole. C’est précisément là que le dernier film d’Agnès Jaoui devient un objet de débat. Il ne tranche pas seulement une question de cinéma ; il teste la possibilité d’une conversation commune.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.