
À 82 ans, l’auteur-compositeur-interprète italo-belge Salvatore Adamo signe un retour discographique avec un double album de 25 titres, paru le 14 novembre 2025. Conçu à Paris après une rééducation vocale consécutive à une aphonie survenue au Chili en 2022. Le projet puise dans l’enfance et le temps qui passe. L’artiste dit vouloir continuer tant que la voix tient, tout en envisageant des adieux au Japon.
Un rituel du matin pour apprivoiser la voix
Chaque aube, Salvatore Adamo ajuste son souffle. Quelques gammes, un murmure, puis la note tenue qui rassure. L’auteur-compositeur-interprète italo-belge (né en 1943) n’a jamais autant écouté son instrument : la voix. À 82 ans, il signe un retour au disque avec « Des nèfles et des groseilles ». Ce projet est un double album de 25 titres paru le 14 novembre 2025. L’œuvre a mûri au rythme d’une convalescence et d’un travail de rééducation. Ce processus l’a conduit à réinventer son rapport au chant, sans renier l’élan romantique qui a fait sa renommée.
« Tant que la voix est là, j’en profiterai. » La phrase court désormais comme une devise au fronton de ce disque de saison. On y croise l’enfance, la mémoire et l’idée du temps qui presse.
Ce que raconte le disque
Le projet mêle chansons nouvelles, confidences à mi-voix et portraits impressionnistes. On y entend l’appel de l’enfance, la nostalgie et la conscience tranquille du temps qui passe. La chanson « Ma belle jeunesse » ouvre la marche. Ce titre est un dialogue tendre avec ce qui s’éloigne. C’est une adresse à la vitalité d’autrefois qui n’a pas tout à fait déserté. Le registre reste celui d’un artisan des mots, attaché à une langue claire et à des mélodies qui tiennent par leur évidence.
Au fil des plages, Adamo s’autorise la pudeur : des souvenirs d’exil, des silhouettes chères, des saisons entassées. La forme, elle, demeure classique : couplets nets, refrains amples, arrangements à hauteur d’homme. La voix, plus veloutée, s’installe un demi-ton plus bas ; elle ne force jamais, elle raconte.
Une épreuve : six mois sans voix
Le disque naît d’une alerte sérieuse. En 2022, alors qu’il se produit en Amérique du Sud, le chanteur est exposé à un gaz lacrymogène au Chili. Le lendemain, plus un son : aphonie. S’ensuivent plusieurs mois de silence et une rééducation vocale exigeante. De cette frayeur, Adamo tire une leçon : replacer la voix au centre et la ménager.
Ce recentrage s’inscrit aussi dans une santé plus globalement fragilisée : fin 2023, un œdème pulmonaire l’oblige à interrompre sa tournée ; il remonte sur scène au printemps 2024, prudemment, et reprend l’écriture. Le double album apparaît alors comme une réponse artistique à l’épreuve : 25 chansons mises bout à bout, comme on assemble un herbier de saisons qu’on refuse de perdre.

« Lever le pied », sans renoncer
À l’antenne comme dans la presse, l’artiste le répète : il entend continuer tant que la voix tient, sans s’obstiner. Il exprime sa peur de “faire l’album de trop” et assume une part de lucidité. Cependant, il revendique la joie du travail : écrire et peaufiner en studio. Il cherche l’intonation juste et laisse l’expérience guider le phrasé.
Dans cette dynamique, la promotion n’est qu’un appendice : quelques plateaux de service public (notamment C à vous et Télématin) et un passage par des pages produits chez les distributeurs—le temps d’acter la parution et de rappeler la singularité du projet.
Un fil japonais pour de possibles adieux
Depuis les années 1960, le Japon voue à Adamo une fidélité sans faille. L’artiste confie étudier l’idée d’une tournée d’adieu au pays du Soleil-Levant, sans exclure de continuer ailleurs. Cependant, il précise que ce projet dépendra de sa voix en ajoutant « si la voix suit ». Le propos ne sonne pas comme une annonce, mais comme un scénario raisonnable, à l’étude. L’homme mesure le poids des kilomètres, la fatigue, et l’exigence du public.
L’atelier Adamo : une famille, des micros, un studio
Adamo aime le travail d’atelier. Des bribes sont notées sur un carnet ou enregistrées sur smartphone, puis des essais ont lieu au piano. Ensuite, des sessions en studio permettent aux idées de prendre forme. Le disque porte cette patine d’artisanat : soin des textes, sobriété des arrangements, attention au souffle—jusqu’à l’insertion de voix proches qui soulignent l’idée de transmission.
Une mémoire populaire réactivée
Le chanteur ne se contente pas d’un autoportrait. Il réactive une mémoire commune : celle des bals, des refrains fredonnés en famille, des voyages au long cours. En creux, le disque évoque “un monde d’avant les réseaux”, fait de présences réelles, de lettres et d’attentes. Ce regard n’est pas une plainte : c’est une proposition d’attention au présent, un art d’habiter l’âge sans renier l’élan.
Réceptions et horizons
Les premières écoutes soulignent la cohérence d’ensemble, l’équilibre entre pudeur et entrain, l’absence d’emphase. Sur scène, l’artiste affirme conserver « un grain de folie », et ces nouvelles chansons devraient cohabiter avec les incontournables. Ainsi, elles enrichiront le répertoire existant. L’envie est là, assure-t-il, mais la mesure aussi : un concert oui, puis repos.
Une écriture à hauteur d’homme
Cette livraison confirme une poétique sans effets spéciaux. Adamo ne cherche ni la disruption ni la démonstration : il vise le mot juste, l’image discrète et le rythme qui laisse respirer la phrase. La musique épouse ce choix : guitares, piano, bois, quelques cordes, une batterie qui brosse plus qu’elle ne martèle. L’émotion affleure par capillarité, sans crescendos imposés. On y perçoit une économie du geste : chaque souffle compte, chaque attaque est pesée, et l’on devine l’apprentissage d’une voix ménagée après l’épreuve.
Où se place ce disque dans la discographie de Salvatore Adamo ?
À l’échelle d’une trajectoire commencée il y a plus de six décennies, « Des nèfles et des groseilles » s’entend comme un album-pont. Il relie le jeune chanteur des sixties—celui de « La nuit », « Tombe la neige » et « Mes mains sur tes hanches » —à l’artiste d’aujourd’hui qui compose encore et se sait attendu. Les thèmes ne sont pas neufs, mais ils gagnent en densité. En effet, l’exil familial et la fidélité des publics s’illustrent. Ils se manifestent en France, en Belgique et au Japon. De plus, les lettres d’hier deviennent des messages d’aujourd’hui. Rien de cérémoniel : c’est un disque vivant, qui cherche le présent.

Télé et radio : la parole retrouvée
La semaine de sortie voit Adamo renouer avec les plateaux de service public (C à vous, Télématin) et la radio. Le ton reste sobre : il parle de travail, de prudence, de gratitude. Loin du storytelling appuyé, il privilégie les faits : l’accident au Chili, la rééducation, l’envie de chanter tant que le souffle répond. Le récit est décanté, sans pathos, porté par quelques formules droites : « lever le pied », « ne pas faire l’album de trop ».

Repères chronologiques (2023-2025)
- 18 octobre 2023 : annulations de concerts pour raison de santé (œdème pulmonaire).
- Mai 2024 : retour sur scène progressif.
- Automne 2025 : promotion et annonces autour du double album.
- 14 novembre 2025 : sortie officielle de « Des nèfles et des groseilles » (25 titres).
- Fin 2025 : l’artiste évoque l’hypothèse d’adieux au Japon, à l’étude.
Repères santé : comprendre l’aphonie
- Aphonie : perte totale de la voix, le plus souvent transitoire, pouvant suivre une irritation aiguë des voies respiratoires (gaz, fumées, infections) ou un surmenage vocal.
- Rééducation : prise en charge par un orthophoniste ; travail sur la respiration, la pose de voix, la récupération progressive du timbre et de l’endurance.
- Prudence : reprise graduée du chant, hydratation, gestion du stress et du repos.
L’album en chiffres
- Titre : « Des nèfles et des groseilles ».
- Parution : 14 novembre 2025.
- Format : double album.
- Nombre de titres : 25.
- Titre d’ouverture : « Ma belle jeunesse » (lyric video officielle).
Repères de carrière
- Premiers succès : années 1960 (de « Sans toi ma mie » à « Inch’Allah »).
- Répertoire multilingue : italien, français, espagnol, allemand, japonais…
- Publics fidèles : France, Belgique, Japon, Amérique latine.
Un retour, un héritage
La longévité d’Adamo tient à une recette simple : chanter juste des histoires vraies, sans forcer, en laissant la voix—retrouvée—tenir le premier rôle. « Des nèfles et des groseilles » est un disque de mémoire plus que de nostalgie : un inventaire vivant où l’on embrasse ce qui fut pour mieux habiter ce qui vient. Rien d’un testament hâtif : plutôt l’âge d’une fidélité—à soi, aux autres, aux chansons qui accompagnent.